Une couverture peut compenser une partie de l’impact budgétaire des surcharges gazole, sans supprimer la surcharge facturée. Pour un acheteur de transport, la première étape consiste à mesurer ce que le contrat répercute réellement. Le résultat d’une couverture sur le gasoil, ou sur le Brent et son écart avec le gasoil, se rapproche ensuite de cette exposition.
LE MÉCANISME EN IMAGE
La couverture amortit une hausse… mais coûte en cas de baisse
Scénario de hausse · coût total
Scénario de baisse · coût total
Le CNR mesure la surcharge ; ce n’est pas un contrat à terme
L’indice CNR gazole professionnel suit le coût du gazole des poids lourds concernés, hors TVA, en tenant compte des achats à la pompe et en cuve ainsi que du remboursement partiel d’accise. Il reflète donc davantage que le cours du pétrole brut.
Une formule usuelle d’indexation s’écrit : surcharge = montant de transport de référence × part carburant × (indice de la période / indice de référence − 1). Le contrat détermine les références et le calendrier applicables. Commencez par vérifier le calcul facturé.
Le CNR est un indicateur publié, pas un future qu’on achète directement en bourse. Un intermédiaire peut éventuellement proposer un contrat de gré à gré indexé sur cette référence : disponibilité, conditions et risque de contrepartie doivent alors être examinés. On ne peut pas supposer qu’une telle couverture soit toujours accessible.
Brent seul, gasoil ou Brent + crack : que couvre-t-on ?
| Référence | Risque visé | Écart restant |
|---|---|---|
| Brent | Variation du pétrole brut. | Le gazole peut évoluer différemment, notamment lorsque son écart avec le brut change. |
| Low Sulphur Gasoil | Variation d’un produit raffiné de référence européenne. | Différences avec le gazole acheté ou l’indice CNR : fiscalité, distribution, change et calendrier. |
| Brent + crack gasoil/Brent | Combinaison du brut et de l’écart de prix du produit raffiné. | Mêmes écarts résiduels avec le CNR, plus la nécessité d’aligner les deux jambes. |
Le crack gasoil/Brent est un écart de prix de marché, pas la marge nette d’un raffineur. À unités et échéances cohérentes, « Brent + écart gasoil–Brent » reconstitue l’exposition gasoil. Acheter le gasoil puis ajouter une seconde couverture intégrale Brent + crack doublerait cette exposition.
ICE décrit son spread comme une position acheteuse de gasoil et vendeuse de Brent. La conversion de prix utilise 7,45 barils par tonne ; les lots et leurs ratios doivent être respectés. Pour une entreprise consommatrice, le sens économique recherché est généralement un gain de couverture quand le carburant renchérit. Le choix du produit et son dimensionnement dépendent du contrat physique.
Exemple : un million de litres consommés indirectement
1. Reconstituer l’exposition dans le contrat transport
Hypothèses : 5 000 000 € de prestations de transport de référence, une part carburant de 25 %, soit 1 250 000 €, et un prix carburant de référence supposé de 1,25 €/L. L’exposition équivalente vaut donc 1 250 000 / 1,25 = 1 000 000 de litres. Ce rapprochement est propre à l’exemple ; un montant de transport ne se convertit pas universellement en litres.
On suppose une base d’indice de 200. Dans le scénario de hausse, la moyenne des indices appliqués, pondérée par les prestations, atteint 240, soit +20 %. La surcharge annuelle est alors 5 000 000 × 25 % × (240 / 200 − 1) = 250 000 €. En pratique, le calcul se fait mois par mois avec les décalages prévus au contrat.
2. Simuler le résultat de la couverture
On suppose une couverture financière de 80 % de l’exposition, soit 800 000 litres équivalents. La référence combinée Brent + crack, convertie en €/L, est fixée à 0,65 €/L. On suppose des volumes et des périodes de règlement alignés et un change neutralisé. Les frais totaux hypothétiques sont de 5 000 €. Cette référence de marché de 0,65 €/L n’est pas le prix carburant de 1,25 €/L utilisé pour reconstituer le budget.
| Poste | Hausse | Baisse |
|---|---|---|
| Indice appliqué / base 200 | 240 / 200 (+20 %) | 176 / 200 (−12 %) |
| Ajustement carburant facturé | +250 000 € | −150 000 € |
| Référence de règlement de la couverture | 0,85 €/L | 0,50 €/L |
| Résultat brut : 800 000 × (règlement − 0,65) | +160 000 € | −120 000 € |
| Frais supposés | 5 000 € | 5 000 € |
| Coût transport sans couverture | 5 250 000 € | 4 850 000 € |
| Coût net avec couverture et frais | 5 095 000 € | 4 975 000 € |
| Économie / (surcoût) face à l’absence de couverture | 155 000 € | (125 000 €) |
Scénario de hausse : 160 000 − 5 000 = 155 000 € de compensation nette, soit 62 % de la surcharge et 2,95 % du coût transport sans couverture (155 000 / 5 250 000). Cela représente 0,155 €/L rapporté au million de litres exposés. La surcharge de 250 000 € reste facturée ; l’effet net sur le budget, couverture comprise, est ramené à +95 000 €.
Scénario de baisse : le transport coûte moins cher, mais la couverture perd 120 000 €, auxquels s’ajoutent les frais. Son coût net est supérieur de 125 000 € à celui d’une absence de couverture. Le but est de maîtriser une exposition, pas de garantir une économie dans tous les marchés.
Pour détailler le scénario de hausse, supposons une référence initiale décomposée en 0,45 €/L équivalent de Brent + 0,20 €/L de crack, puis un règlement de 0,55 + 0,30 = 0,85 €/L. Sur 800 000 litres équivalents, la jambe Brent gagne 80 000 € et la jambe crack 80 000 €. Une couverture du Brent seul aurait laissé la hausse du crack sans compensation. Cette décomposition est fictive ; elle suppose des conversions, échéances et volumes concordants.
Pourquoi ne pas annoncer « vous auriez économisé X cette année » ?
Une démonstration historique exige les cotations des échéances réellement achetables à la date de décision, les règlements ultérieurs, les indices CNR contractuels, les volumes mensuels, le change et les coûts d’exécution. La différence entre deux cours spot de Brent ne suffit pas. Pour une année encore en cours, il faut aussi séparer le résultat réalisé de la valorisation des positions restantes.
Ce qu’une couverture laisse à gérer
- Le risque de base : l’écart entre le CNR et la référence de couverture peut évoluer. Une corrélation passée ne garantit pas une compensation future ; il faut tester la sensibilité de la formule sur des données comparables.
- Les volumes et échéances : ne pas couvrir des litres auxquels l’entreprise n’est pas réellement exposée. Une baisse d’activité peut laisser une position excédentaire.
- Le change : les futures gasoil ICE sont cotés en dollars ; un budget en euros conserve une exposition de change si elle n’est pas traitée.
- La trésorerie et les lots : un lot gasoil ICE représente 100 tonnes, soit environ 118 350 litres selon sa spécification. Les futures peuvent entraîner des appels de marge avant la compensation économique sur les factures ; le lot ne se fractionne pas librement.
- Les conditions financières : frais, garanties, risque de contrepartie, modalités de sortie et éventuelle livraison physique. Les options peuvent plafonner une référence moyennant une prime, mais le risque de base subsiste.
Une autre voie consiste à négocier une fixation de prix avec un fournisseur ou prestataire, lorsque c’est possible et compatible avec le cadre applicable au transport. Comparez toujours le coût total, les engagements de volume et les clauses de révision.
Sources et méthode
- CNR — Définition de l’indice gazole professionnel
- CNR — Mode d’emploi de l’indexation carburant
- ICE — Low Sulphur Gasoil Futures : unité, devise et livraison
- ICE — Spread Low Sulphur Gasoil/Brent
- ICE — Risque de base d’une couverture sur une autre référence
- AIE — Définitions des écarts de marché et du risque de base
Références consultées le 4 novembre 2026. Calculs pédagogiques INTELAS Energy, avec hypothèses fictives explicites. Aucun gain historique ni taux de corrélation n’est affirmé.